Hiérarchie chez les rats
L'expérience des rats plongeurs, réalisée par l'éthologue Didier Desor à l'université de Nancy en 1994, met en lumière la différenciation sociale induite par le stress et la peur au sein d'un groupe
Présentation
Information
Didier DESOR, professeur des Université, enseigne les Neuroscience du Comportement à la Faculté de Sciences, Université Henry Poincaré. Il enseigne également à l'université Nancy 2.
Ses recherches portent sur le comportement animal, plus particulièrement du comportement chez les rats, ainsi que le comportement social. Dans cet optique, il a développé le modèle des "rats plongeurs" (expliqué ci-dessous).
Ce dernier a été transposé à l'homme dans le cadre d'une collaboration avec les psychologues de Nancy 2. Il pose le problème de l'exploitation du travail de certains individus par leurs congénères, et soulève un grand nombre de question, dont certaines touchent à la morale.
Les rats plongeurs ou la reproduction des rôles sociaux
Au laboratoire de biologie comportementale de la faculté de Nancy 2, 6 rats ont été rassemblés dans une cage, affin d'étudier leur aptitude à la natation. L'unique issue de la cage débouchait sur une piscine qui leur fallait traverser pour accéder à un mangeoire contenant des aliments. Il est vite apparue que les rats ne s'élancaient pas de concert à la recherche de leurs nourritures. Tout ce passait comme si ils se distribués des rôle entre eux. Il y avait :
- 2 nageurs exploités.
- 2 non-nageurs exploiteurs.
- 1 nageur autonome.
- 1 non-nageur souffre-douleur.
Les deux exploités plongeaient sous l'eau pour aller chercher la nourriture. A leur retour à la cage, les deux exploiteurs les frappaient jusqu'à ce qu'ils abandonnent leur pitance. Ce n'était qu'une fois ceux-ci repus que les exploités avaient le droit de consommer les restes. Les exploiteurs ne nageaient jammais. Ils se contentaient de rosser les nageurs pour se rassasier.
L'autonome était un nageur assez robuste pour rapporter son repas malgré les exploiteurs et se nourrir de son propre labeur. Le souffre-douleur, enfin, était incapable de nager et d'effrayer les exploités, et encore moins les exploiteurs, alors il ramassait les miettes tombées lors des combats.
La même répartition (2 exploiteurs, 2 exploités, 1 autonome et 1 souffre-douleur) réapparut dans les 20 cages où l'expérience fut reproduite. Pour mieux comprendre ce mécanisme de hiérarchisation, Didier DESOR plaça six exploiteurs ensemble. Ils se batirent toute la nuit. Au matin, ils avaient recréé les mêmes rôles (2 exploiteurs, 2 exploités, 1 autonome et 1 souffr-douleur). Il obtint le même résultaten réunissant six exploités dans une même cage, six autonomes ou six souffre-douleurs.
Quelque soit les individus, ils finnissaient toujours par se répartir les mêmes rôles. L'expérience fut recommencée dans une cage plus vaste comprennant 200 individus. Les rats se battirent toute la nuit. Au matin, on retrouva trois rats crucifiés dont les autres avaient arraché la peau.
Moralité
Plus la population s'accroit, plus la cruauté envers les souffre-douleurs augmente.
Simultanément, les exploiteurs de la grande cage suscitèrent une hiérarchie de "Lieutenants" afin de répercuter leur autorité sans même se donner la peine de terroriser directement les exploités.
Les Chercheurs de Nancy 2 prolongèrent l'expérience en analysant par la suite le cerveau des cobayes. Ils constatèrent que les plus stressés n'étaient pas les souffre-douleurs ou les exploités mais bien au contraire les exploiteurs. Eux craignaient sans doute de perdre leur statut de privilégié et d'être contraint un jour d'aller au labeur...
Vidéos de l'expérience